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Pour sa 10e édition, le Prix de la Critique jeunesse proposait aux participants de s'adresser directement aux auteurs sous forme de lettre.
Découvrez les critiques primées cette année :

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Niveau 6e / 5e :

 

 

Juliette Bérard, sur Encore heureux qu'il ait fait beau de Florence Thinard 

 

Introduction : Je vais faire un petit résumé du livre, ensuite dire ce qui m'a plu et ce qui m'a moins plus, puis dire à quel public pourrait plaire ce livre et enfin conclure.

 

Chère Florence Thinard,

 

Je viens de finir votre livre : « Encore heureux qu'il ait fait beau » qui raconte les aventures d'élèves et de professeurs qui se retrouvent au milieu de l'océan dans la bibliothèque Jacques-Prévert. Ils devront s'organiser pour survivre en attendant les secours.

 

J'ai apprécié la lecture de ce livre car il y avait beaucoup de dialogues qui rendaient l'histoire « vivante » mais il y avait aussi le narrateur qui nous expliquait ce qui se passait. Ces deux éléments nous font vivre cette aventure, font apparaître les émotions des personnages, nous font ressentir un suspens qui nous donne envie de connaître la suite et, avec ceci, on va se mettre à leur place. Par exemple : s'ils ressentent la peur, le lecteur va la ressentir. Je trouve que le résumé présente très bien l'histoire et donne envie de comprendre comment ils sont arrivés là. L'illustration est très jolie et résume bien leur situation. J'ai bien aimé aussi l'organisation, cela m'a fait penser à une société : avec un chef qui dirige (le directeur) et les membres du groupes (élèves, adultes), mais il y aussi des profiteurs : Habib et Turgut qui volent les verres d'eau de Kévin et qui le menacent de le frapper s'il le dit à quelqu'un (page 136). J'ai trouvé que votre idée de mettre les histoires des « Mille et Une Nuits » dans le livre était très bien car cela pourrait nous donner envie de les lire.

 

J'ai beaucoup aimé le livre de bord où tout le monde pouvait écrire son ressenti sur leur « aventure ». L'histoire et l'illustration m'ont fait penser aux histoires de « La prophétie des grenouilles » et « L'arche de Noé » (d'où mon sous-titre : « L'arche de Noé réinventé »). Grâce à la fin ouverte, on peut facilement imaginer la suite de leurs « aventures ».

 

Par contre, ce que j'ai moins aimé, c'est le titre qui - je pense - ne va pas très bien avec l'histoire du livre car on se rend compte qu'il a fait beau mais il faisait trop chaud et qu'il a plu... beaucoup. Ce titre fait penser à des vacances plutôt qu'à une histoire de naufragés. Je l'aurais sûrement appelé : « Terre en vue ? », car ils cherchent la terre ferme. J'aurais bien aimé avoir plus de détails sur la façon dont ils sont arrivés sur l'océan et avoir quelques lignes sur les personnages qui ne se sont pas retrouvés en mer, par exemple : les parents des enfants ou le fils de Mme Pérez.

 

Merci pour ce livre,

Bien à vous,

 

J. B.

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Héloïse Valet de Jonquières, sur Le Monde de Milo de Marazano et Ferreira

 

Chers auteur et illustrateur,

 

Je m'appelle Héloïse, j'ai dix ans. Je suis heureuse de participer à ce jury littéraire ; cela m'a permis de découvrir un nouvel univers de bandes dessinées. En effet, j'ai plus l'habitude de lire des bandes dessinées de filles comme les Sisters et Mistinguette...

 

Dans un premier temps, j'ai apprécié la couverture qui m'a rappelé l'univers du cinéaste japonais Hayao Miyazaki. J'ai trouvé aussi que les expressions des visages étaient très expressives. Je regrette seulement que les paysages soient sombres sauf lorsque le poisson d'or est présent ; il illumine les planches. Les personnages maléfiques (hommes ou bêtes) sont très bien dessinés, ils évoquent le mal. Le personnage de Mindi est, selon moi, le plus réussi à cause de l'utilisation de couleurs vives et je la trouve rigolote en raison de son nez bleu.

 

La mise en place de l'histoire est assez longue, le début ne m'a pas passionnée. Il a fallu attendre l'arrivée du poisson d'or dans le récit pour que je commence à être absorbée par l'histoire. Je ne m'attendais pas à ce que les vieilles tantes connaissent le monde de l'autre côté du lac. Le moment que j'ai préféré est celui où le poisson d'or sauve Milo et Valia.

 

Je vais surement lire le tome 2, pour connaître la fin de cette histoire captivante et fantastique.

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Niveau 4e / 2nd

 

Sarah Kaiser, sur Itawapa de Xavier-Laurent Petit

 

Cher Monsieur Petit, sachez que j'ai adoré votre livre. Ce roman plein d'aventures nous fait voyager. Durant ma lecture, je croyais être un personnage de l'histoire, j'avais l'impression d'être à Itawapa avec les personnages, j'étais plongée dans cet univers sauvage et mystérieux que nous offre Itawapa. Dans votre livre, il y a aussi une part d'écologie. Vous dénoncez ce que les hommes sont capables de faire pour de l'argent. Dans ce cas-là, ils ne détruisent pas qu'une simple forêt, c'est une culture qu'ils achèvent. C'est une situation très réelle !

 

Les chapitres sont courts, ce qui est agréable et l'histoire est passionnante.

 

Au début du livre, vous évoquez certaines horreurs commises par les hommes en 1974. Selon moi, cela nuit à l'intrigue lorsque « le Vieux » tente d'avouer les erreurs que lui-même a commises à cette époque. Ce qui est dommage, c'est que nous devinons tout de suite de quoi il est question.

 

Tout au long de la disparition de « l'India », je m'attendais à quelque chose de plus mystérieux, une histoire plus profonde. Lors de la réapparition de celle-ci qui était « banalement » restée auprès d'Ultimo, j'ai ressenti l'effet d'une chute un peu trop directe. En revanche, la fin était un vrai « coup de théâtre » ! Je n'avais pas fait le lien entre la survie d'une petite indienne en 1974 et « l'India ». La mort du Vieux m'a attristée mais j'ai beaucoup aimé la réplique de Talia qui disait que malgré tout, le Vieux restera son grand-père.

J'ai été surprise par la précision de la description des ambiances, de la personnalité des personnages dont seuls ceux qui sont allés au Brésil pourront reconnaître. La forêt amazonienne est décrite et ressentie comme ce qu'elle est, un écosystème grouillant et terrifiant dans lequel les hommes n'ont leur place que s'ils se fondent intimement avec la nature. C'est un lieu d'émotions, de peurs, de solitude et de vie intense. Le rapport que chacun des personnages entretient avec elle est riche et émouvant.

 

Talia est un personnage attachant, courageux et déterminé, c'est à elle que l'on doit l'histoire.

 

Il y a une petite part de philosophie dans votre roman car « l'India » est à la recherche de ses origines tout au long de ce récit ; au fond, on ne peut pas être qui nous sommes si on ne sait pas d'où l'on vient. Grâce à ce personnage, vous avez démontré que la curiosité n'est pas un défaut mais plutôt une preuve d'obstination.

 

Grâce à vous, je connais quelques mots d'Indien ! C'est une très bonne idée de mettre des phrases écrites avec une langue étrangère !

 

Moi qui ai perdu l'habitude de lire, vous m'avez redonné l'envie de le faire et pour ça je vous remercie !

 

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Sirine Bouchadja, sur Plus tard je serai moi de Martin Page

 

Je trouve que l'illustration sur la page de couverture, étant une photographie, nous rappelle le côté artistique du livre et nous transporte directement dans l'ambiance. Le titre est très bien choisi, c'est une phrase affirmée qui porte tout son sens. Donc, selon moi, la page de couverture du livre nous donne envie de lire son contenu.

 

J'ai apprécié le fait qu'il y ait une handicapée et que vous l'ayez représentée comme une personne énergique qui ne se plaint pas et avance de l'avant. C'est beaucoup mieux que toutes ces représentations fausses d'handicapés mal dans leur peau.

 

J'ai beaucoup aimé que, au grand contraire des parents ordinaires qui, comme vous le dites, souhaitent que leurs enfants deviennent avocats, médecins etc., ceux de Séléna veulent qu'elle soit artiste. Ça crée un décalage inattendu et tellement pas commun. Leur insistance peut paraître lourde mais, au contraire, ça rajoute une touche d'humour à votre livre, j'ai trouvé ça amusant, j'en ai même ri.

 

Je me suis identifiée à Séléna car c'est une collégienne qui se cherche, cherche un style, un projet professionnel, elle construit son avenir comme nous, les ados.

 

J'ai aimé que vous traitiez le sujet de l'adolescence et de la relation aux parents de cette manière. Vous avez essayé de parler d'un sujet très important et qui nous concerne directement nous, les ados : l'orientation professionnelle. Vous en avez parlé différemment, avec humour et délicatesse. En fait, vous avez fait d'un sujet très sérieux le sujet drôle du livre. J'ai été surprise qu'en peu de pages et avec un livre assez court, vous ayez réussi à donner autant d'informations et que vous parliez avec tant d'originalité d'un sujet aussi classique, presque banal, puisque cela arrive à tous les ados.

 

S'il y a une chose que je n'ai pas aimée, c'est la fin qui est un peu brutale à mon goût, voir même disproportionnée ! Au final, on ne connait même pas le choix de Séléna et c'est vraiment dommage. Donc, cela serait super si vous écriviez une suite de l'histoire.

 

L'histoire est très claire et je pense avoir compris ou vous vouliez nous emmener avec cette histoire.

 

Si j'ai fait autant de compliments de ce livre, c'est que je l'ai vraiment aimé : tous mes compliments sont honnêtes et sincères !

 

Bravo pour votre livre !!!

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Marine Authier, sur Fairy Quest.01 : Les Hors-la-loi de Paul Jenkins et Mario Humberto

 

Je vous écris ces quelques lignes suite à la lecture de votre bande dessinée « FairyQuest » (Tom n°1) pour vous faire part de ma pensée. J'ai d'abord pensé ne pas aimer puisque les bandes dessinées ne sont pas mon style de registre préféré. Mais j'ai été agréablement surpris en découvrant l'intérieur de ce chef-d'œuvre.

 

J'ai adoré le commencement de l'histoire avec la mère qui lit un conte à son enfant comme presque toutes les mères l'ont fait un jour. Le conte du petit Chaperon Rouge étant tellement connu que tous les lecteurs ont dû s'attendre à voir la petite fille mangée alors que sa complicité avec le loup apparait et nous surprend. La mise en scène de l'aventure m'a énormément plue et le déroulement des événements est très précis.

 

Il y a eu la secte avec Cendre Mon qui m'a beaucoup plue ainsi que le passage où le petit Chaperon Rouge et monsieur Le Loup tombe sur Pan. On remarque quelques détails du conte original comme son nom (Pan) ou la fée qui l'accompagne (Tinn-Tamm) qui a le même caractère que la fée Clochette... Il parle également de Wendy la jeune fille qui venait du Vrai-Monde mais la disant moins belle que « Chap.' ». J'ai aussi rigolé quand je suis tombée sur « Hans & Greta » qui abusent de la sorcière et la maltraite. Pour finir ces points positifs, le nom de « variant » m'a énormément plu puisque pour moi c'était une manière d'expliquer que tout le monde a le droit à la parole !

 

En revanche, je ne savais pas quoi penser du rôle de « Grimm » dans l'histoire... Tout de suite, on pense à cet auteur qui a su mettre en œuvre de merveilleux contes, mais qui dans ce récit devient le principal méchant de l'histoire et apporte le malheur au village. Etait-il vraiment utile de le réduire au rôle de méchant ? Je ne pense pas. Un autre point m'a dérangé, le passe où on retrouve « Cendre » complétement momifiée m'a rappelé que jadis, on électrifiait les gens et seulement deux marques restaient sur le visage des victimes, comme on a pu voir sur son visage page 41. Est-ce que cela était fait exprès ? Je n'en sais rien.

Je n'ai pas encore parlé des surprenants dessins qui illustraient la bande dessinée. J'ai trouvé qu'elles étaient bien faites jusque dans les détails. Les différentes scènes de pluie m'ont beaucoup plues et les images un peu plus sombres, comme avec le Capitaine, étaient les plus impressionnantes et nous glissaient dans un monde de terreur. Les bulles rouges et noires rendent encore plus sanglantes les paroles du Capitaine. Le fond de la page noircit davantage l'histoire et le rendu général.

 

Pour finir et conclure cette dernière critique, j'aimerai ajouter que j'ai hâte de lire les tomes suivants et de poursuivre cette aventure que je qualifierais de fantastique. Cette bande dessinée a été la meilleure que j'ai eu l'occasion de lire et je suis heureuse de l'avoir découverte. Je vous souhaite une excellente continuation.

 

Cordialement,

 

M. A.

Découvrez les lauréats du Prix de la Critique Adulte :

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Marie Dominique Menet, sur Ladivine de Marie Ndiaye (Gallimard, février 2013)

 

Amateurs d'histoires drôles, s'abstenir ! Ladivine de Marie NDiaye, est un roman amer et profond, qui parcourt jusqu'à quatre générations, et qui vous emmène dans les dédales d'un sentiment assurément pénible, bigrement destructeur : la culpabilité. Pour commencer, le lecteur est invité à démêler la difficile question de l'identité de Malinka, fille d'une femme bien trop simple et qui refuse d'afficher le lien qui l'unit à sa mère qu'elle appelle « la servante ». Le récit est précis, progressif. L'auteur dessine la réalité crue et poignante du rejet, de l'aversion qui s'empare de Malinka pour sa mère. « Sa mère qui était une servante, n'avait pas l'air d'être sa mère, elle qui était une princesse ». Alors la princesse Malinka se fait appeler Clarisse. Elle quitte la masure, range la servante dans un recoin de sa vie, portant un coup fatal à son bonheur. Plus tard, elle parsème la solitude et l'abandon de cette femme de visites secrètes, silencieuses, vides d'amour, et comble de la cruauté, lui cache sa vie, lui en interdit l'accès.

 

Qu'advient-il aux princesses qui rejettent si brutalement leur mère ? Rien de simple sous la plume de Marie NDiaye, qui, le sujet posé et avec l'écriture profonde et élégante qu'on lui connait déjà, peut démonter l'horloge des sentiments humains et plonger son lecteur dans les entrailles de la culpabilité où toute possibilité de bonheur sera systématiquement détruite. Aucun des aspects de ce lourd bagage n'est épargné, ni sa nature hautement transmissible. Chaque personnage de ce livre au style âpre et oppressant, porte le morceau de vérité de l'auteur sur une culpabilité ravageuse, envahissante, dangereuse. Le récit se fait lourd. La culpabilité est partout et quand elle disparait comme dans la rencontre de Marko avec un couple de vendeurs de voiture, tout devient suspect, inadmissible. L'expérience de culpabilité que traverse chaque personnage est livrée dans une intensité dramatique et une épaisseur de texte étonnante, matérialisant jusqu'à l'étouffement des êtres pris dans ses filets.

 

Le tour de force de ce roman est de n'avoir manqué aucun des visages de ce sentiment terrible, aucune des situations qu'il peut générer ou qui l'ont produit (une mention spéciale aux parents Berger, créateurs de culpabilité dans la plus pure tradition). Il est également de réussir à produire l'exact phénomène, dans toute sa dureté, dans toute sa complexité.

Clarisse épouse Richard Rivière, s'attache à être une parfaite épouse, une bonne mère. L'histoire de Clarisse Rivière forme un bloc épais, lourd, progressant vers le vide, sans chapitres, sans coupures. Son histoire se déroule, lancinante et fatale. Elle attend fébrilement, discrètement, son châtiment. Il se présentera, c'est certain, car de la culpabilité, elle ne sortira pas. « La vie de la servante, elle en avait fait un pain amer, et rien n'avait racheté cela finalement ».

 

S'ensuit l'histoire de la fille de Clarisse, Ladivine, dont on a compris dans les six petites pages qui précèdent, qu'elle n'a pas reçu ce prénom par hasard. Ladivine a quitté ses parents pour vivre sa vie à Berlin. Mais qu'importe la distance. L'engagement de liberté, que son mari Marko Berger et elle réussissent à prendre, va se heurter à l'ennemi implacable qui a déjà pris sa mère. Les vacances qu'ils prennent à bonne distance des parents Berger, loin de l'affranchir, la plonge dans une conscience fautive. Le lieu choisi de leurs vacances - s'agit-il de l'Afrique ? - les entachent bizarrement de mal-être. Les questions s'installent et posent sur le séjour de Ladivine un doute permanent. Son esprit s'englue dans des fautes imaginaires et la ramènent constamment à sa mère. Se construisent un isolement et un désordre progressifs entre elle et les siens, son mari, ses enfants. Son histoire vire à l'étrange, où il est question d'un mariage, d'un meurtre imaginaire et d'un chien. Au fil du récit, Ladivine semble ne plus s'appartenir. Son mari devient sa cible. Des phrases incongrues telles que : « Que la culpabilité le tienne aussi serré jusqu'à la fin de ses jours... et l'occupe solidement, inaccessible, comme une tique au milieu du dos », ajoute à la perplexité du lecteur. Son héroïne est-elle conduite par le seul sentiment de culpabilité à une insoutenable confusion ? S'en libérera-t-elle ?

 

La construction du roman n'est pas étrangère à la densité du récit. La matière lourde, sombre et compacte qu'est la narration des vies de Clarisse et Ladivine, comprime comme deux étaux la petite chose innocente, « la servante », perdue dans six malheureuses pages au milieu des deux. Son impossible position de coupable désignée, qui peut souffrir constamment, obscurément, sous une pression invisible qui ne relâche jamais son étreinte, en fait le personnage absolu et paradoxal de la victime coupable. La même construction sous-entend la transmission possible à Annika, la petite fille de Clarisse, et le poids de la culpabilité en héritage, indéfiniment.

 

Enfin, le lecteur fait la connaissance de Richard Rivière. Que cache ce personnage affable et assuré, qu'on admire, auquel on ne trouve aucune faille ? Approchera-t-il la vérité ou continuera-t-il à payer le prix de sa tranquillité de la méconnaissance des êtres qui l'entourent ? Le tableau est complet, le dénouement est proche. L'ennemi juré a le visage hideux, imbécile d'un assassin qui obéirait aux drames intérieurs. La conclusion poignante échoue dans les mains des « rescapés » de ce récit magnifique et vibrant, laissant le lecteur aussi « humble et instruit » que ceux dont il vient de traverser l'enfer.

 

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Solange Papelard, sur Le Roman du mariage de Jeffrey Eugenides (Editions de l'Olivier, janvier 2013)

 

Ils se réunissaient dans des cafés ou chez l'un d'entre eux. Ils étaient étudiants en littérature, ou en théologie, ou scientifiques, et entendaient s'affirmer tout en s'encourageant et se stimulant. Ainsi, de flash-back en flash-back, commence le roman de trois étudiants de Brown University au début des années 1980. Il y a une jeune femme Madeleine et ses deux soupirants, Leonard et Mitchell. Pendant toute cette première partie, l'auteur nous fait vivre la vie d'un campus américain avec ses particularités et ses richesses. Ils sont fascinés par la littérature et par les écrivains. Madeleine quant à elle découvre avec ferveur Roland Barthès et Jacques Derrida. Elle est traditionnelle, issue d'une famille aisée et espère s'affranchir de cette tradition et de son éducation.

 

 

Dans la seconde partie du roman, nous suivons ces trois jeunes gens lorsqu'ils quittent l'université et sont confrontés au monde réel. Si les amours de ce trio amoureux étaient heureuses, bien sûr il n'y aurait pas d'histoire. Ils sont constamment tiraillés entre leur réalité et les théories qu'ils apprennent en fac. Comment les romans agissent-t-ils sur la vie et comment la vie agit-elle sur les romans ? La question n'est pas si simple et Eugenides choisit le sujet de l'amour et du mariage, classique, pour explorer cette idée.

 

L'auteur va donc nous montrer leurs difficultés. Madeleine ne trouve aucun charme au terne et timide Mitchell qu'elle n'en finit plus de repousser. En revanche, elle tombe amoureuse du brillantissime et très charismatique Leonard qui étudie la biologie. Mitchell qui aime Madeleine en secret et attend son heure part pour un très long périple et fait du bénévolat pour le compte de Mère Teresa. Il sublime son désir dans l'étude des religions.

 

Léonard et Madeleine se marient et doivent faire face à la maladie. Léonard est bi-polaire et malgré toute sa bonne volonté, Madeleine ne peut rien pour lui. Elle est cependant persuadée que l'amour qu'elle lui voue va le sauver. L'auteur nous donne des explications très fournies sur la psychose maniaco-dépressive, allant même jusqu'à détailler les grandes lignes des différents traitements médicaux en 1980.

 

Comme souvent dans les romans américains, un luxe de détails émaille les 500 pages de ce roman, pour aboutir à un portrait précis des personnages mais aussi de la société américaine de cette époque, avec ses manies, ses modes intellectuelles. La profondeur psychologique des personnages est très intéressante. Eugenides trace une fresque passionnante sur la complexité des relations humaines. Il nous montre avec beaucoup d'humour les effets de la mode "intellos français". Humour, réflexions philosophiques, psychologie, tout est réuni pour faire passer au lecteur un moment agréable et très "culturel".

 

J'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de cet ouvrage. Le récit coule avec un apparent naturel, tout en opérant de subtils va-et-vient dans l'espace-temps. Il est très bien écrit et très bien construit, faisant preuve de compromis entre rigidité et souplesse. Le registre d'écriture utilisé par Eugenides donne un style vraiment très agréable à lire. Le récit est tout à la fois réaliste et cérébral, lent et subrepticement captivant... L'auteur saisit la thématique faussement naïve de l'amour chez les jeunes adultes pour aborder sérieusement des sujets comme la religion ou la maladie mentale sans oublier d'y ajouter encore et toujours une touche humoristique.

 

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Xavier Barreau, sur Merde à la déprime couv-merde-deprime de Jacques Séguéla (Ed. Jean-Claude Gawsewitch, mai 2013)

 

La France, dit-on est le pays des râleurs, revendicateurs, contradicteurs. Dans la région de Brive La Gaillarde, fortement imprégnée par la culture du rugby à XV, les lendemains de défaite sont prétexte à des discussions homériques autour d'un apéritif anisé (et) (ou) sur le terrain de pétanque...

Les vieux supporteurs aigris refont le match à grands coups de « il fallait » « il y a qu'à » « on devrait » ; Joueurs, capitaines, entraîneurs, président et même spectateurs sont tour à tour passés à la moulinette ; ces animateurs du lundi sont nommés « les contrariants ».

Si sa force tranquille ne l'avait projeté au-devant de la scène, Jacques Séguéla aurait pu être un des leurs mais la fréquentation des élites l'a malheureusement coupé du monde simple et réel.

Un an après Philippe Delerm (je vais passer pour un vieux con) et avec seulement sept lettres de l'alphabet, Jacques Séguéla cisèle un titre racoleur et un tantinet franchouillard ; il s'y connait le bougre, dans la promotion de ses idées voire de sa propre personne...

A l'arrivée ? Un livre de gare, imprimé en caractères pour amblyope (pardon) et qui ne va pas épuiser le lecteur ; il distille un optimisme auto-suffisant à base de méthode « Coué » à la sauce « Montebourg » ; d'un chapelet de lieux communs, un maigre intérêt surnage par la grâce de quelques anecdotes d'archives ou souvenirs personnels (Riboud père et fils, Gutenberg, direction de l'aviation civile...).

 

Au fil des pages, la mission revendiquée par le titre parait même compromise : le pessimisme infiltre le sujet grave du numérique.

 

L'incantation « osons » ne fera pas d'ombre à des « pointures » médiatiques disparues (Jean-Paul II, Abbé Pierre, Stéphane Hessel) ni même à des prophètes de malheur bien vivants (Claude Alègre, Jacques Attali...)

 

« Merde à la déprime », livre de gare ?

A éviter un jour de grève à Saint-Lazare, ou aux heures de pointe à « Chatelet Les Halles »...

 

Le pharmacien raté ne nous guérira pas de la dépression, le publicitaire a perdu de l'acuité, l'écrivain est absent.

 

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Rosine Rousseau, sur L'Ultime secret du Christ de José Rodrigues dos Santos (HC Editions, Mai 2013)

 

Stop, par pitié ! Que cesse enfin la vague de ces romans ésotérico-biblico-policiers qui viennent à intervalle régulier s'échouer dans nos bibliothèques et polluer les rayons de nos librairies. De ce genre de lecture, nous sortons l'esprit englué d'ennui et fort contrariés d'avoir été encore une fois le « pigeon » de l'histoire.

 

C'est vrai, le « Da Vinci Code » m'avait plu. C'était le premier roman du genre à avoir du succès. Le suspense était bien mené et les héros sympathiques. Dans la brèche ainsi ouverte, combien se sont engouffrés pour profiter de la tendance ? Dan Brown le premier, dont on a réédité précipitamment les œuvres antérieures qui n'avaient pas retenu l'attention du public.

Je n'avais jamais entendu parler de ce José Rodrigues Dos Santos. On nous dit au verso du livre qu'il est le présentateur vedette du journal télévisé portugais. Il y est sûrement très bon. Alors pourquoi commettre ce roman navrant ? Pour le seul plaisir de recopier la bible, Ancien et Nouveau Testaments confondus ? Quelles sont ces pseudo-révélations qu'il nous assène avec pédantisme ? Jésus était juif ? Quel scoop ! Les représentations d'un Christ éthéré, blond aux yeux bleus, sont de pures fictions artistiques et nous les admirons sans en être dupes. Les Evangiles ne sont pas des livres historiques ? Leurs auteurs et leur transmission restent mystérieux ? Le contraire serait surprenant !

 

Toutes les cent pages environ, un homme vêtu de noir égorge, au moyen d'une dague rituelle, un savant ou un historien en poussant un grand cri... cela fait-il réellement de ce livre le « thriller » qu'on nous annonce ? Qu'on me pardonne, mais la littérature policière scandinave nous a donné d'autres appétits.

 

Que dire de la forme et des interminables monologues du héros de cette histoire ? On a rarement fait plus soporifique. Le livre m'est plusieurs fois « tombé des mains » au sens propre, d'autant plus que ses 500 pages pèsent leur poids.

 

Quant à l'intrigue (si l'on peut dire), elle confine au ridicule dans sa naïveté. Imaginez un peu, les « méchants » sont en fait les policiers ! Le héros tombe des nues, nous pas hélas.

D'un naturel optimiste, jusqu'à la fin j'espérais mieux. Mes craintes étaient bien fondées. Rarement dénouement aura atteint de tels sommets dans la niaiserie. Jugez plutôt : le savant fou veut cloner l'A.D.N. de Jésus (retrouvé par miracle bien sûr) pour qu'il revienne parmi nous en chair et en os et ramène la paix sur notre terre. Après des dizaines de pages scientifiques –ou réputées telles- sur le clonage, il n'y a vraiment que le héros pour être surpris.

 

Qu'un éditeur accepte de publier un tel roman est en soi un mystère. Au moins celui-ci, soucieux de ses intérêts, n'a-t-il engagé que peu de frais pour les corrections. Quel mépris du lecteur !

On nous culpabilise sans cesse avec l' « équivalent carbone » du moindre de nos déplacements. A quand un «équivalent forêt » pour taxer la publication de livres inutiles ?

 

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Gilbert Sommier sur Garde tes larmes pour plus tard de Alix de Saint André (Gallimard, janvier 2013)

 

Dans « Il n y a pas de grandes personnes » soumis, il y a quelques années déjà, à l'appréciation des critiques- amateurs de Puteaux, Alix de Saint-André exaltait la mémoire d'André Malraux devenu son pygmalion après la lecture de la Condition Humaine. Nous avions fait l'apologie de cet ouvrage en affirmant qu'il était « passionnant, remarquablement bien écrit et drôle ».

 

 

C'est donc avec un préjugé très favorable que nous avons entrepris la lecture de « Garde tes larmes pour plus tard » Le titre était joli, et les vingt premières pages étaient rédigées dans ce style alerte, impertinent et chargé d'humour qui nous avait tant plu dans « Il n'y a pas de grandes personnes ».

Las, les choses se sont vite gâtées, l'histoire qui, au départ, semblait devoir être une biographie de Françoise Giroud, s'est perdue dans les sables d' une enquête des plus vaseuses. A propos d'une histoire de lettres anonymes qui aurait mérité un article dans Closer, mais pas un livre chez Gallimard.

Mon impression est que « Garde tes larmes ... » est le type de livre qu'un auteur écrit lorsqu'il n'a plus grand chose à dire. Si on veut être indulgent, on dira que c'est un hommage post-mortem rendu à la personne assez exceptionnelle qu'était Françoise Giroud pour la laver de la détestable accusation, reprise par Christine Okrent dans sa biographie, d'être un corbeau.

 

Alix de Saint André et Caroline Eliacheff, la fille de Giroud, ont pu se prendre pour de fins enquêteurs, et signer Sherlock ou Watson, les innombrables mails qu'elles s'échangeaient, mais cette comédie ne pouvait amuser qu'elles.

 

Franchement, après être arrivé péniblement au bout de l'enquête « diligentée » par Alix de Saint-André, je me refuse à suivre le conseil qu'elle me donne en guise de titre : je me refuse à garder mes larmes pour plus tard. Je veux au contraire, les verser immédiatement sur la déception et l'ennui que m'a procuré cet ouvrage. Au risque, avec toute cette eau répandue, d'aggraver son naufrage.